05 Jan Les Rois mages : une aventure qui traverse les millénaires
Une histoire de voyages, de magie culturelle et de tradition qui continue de briller le 6 janvier.
Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait cette magie particulière du 6 janvier dans le monde hispanophone ? Pourquoi tant d’enfants trouvent-ils des cadeaux sous leur oreiller ou à côté de leurs chaussures ? Aujourd’hui, nous vous racontons l’histoire fascinante des Rois mages, une aventure qui a commencé il y a plus de 2 000 ans et qui perdure dans des dizaines de pays, évoluant et se transformant à chaque génération.
Le commencement : une étoile dans le ciel
Imaginez le Moyen-Orient il y a deux millénaires. Trois sages (ou « mages », comme on les appelait dans l’Antiquité) observent le ciel nocturne depuis leurs terres lointaines, probablement la Perse ou l’Arabie. Soudain, ils voient quelque chose d’extraordinaire : une nouvelle étoile qui brille avec une intensité inhabituelle. Pour eux, en tant qu’astrologues et prêtres versés dans les mouvements célestes, c’est un signe particulier.
Suivant l’étoile, ils entreprennent un voyage épique de plusieurs centaines de kilomètres avec des chameaux chargés de précieux cadeaux. Seul l’Évangile selon Matthieu mentionne cette visite dans les textes anciens, racontant comment ces voyageurs arrivent à Bethléem. Cependant, le texte biblique original ne précise pas leur nombre exact, ni leurs noms, ni même qu’ils étaient rois. Il dit simplement « mages », qui était le terme utilisé à l’époque pour désigner les sages et les astronomes de Perse.
Trois mages… ou trois rois ? La naissance d’une légende
Voici quelque chose d’étonnant : la Bible ne mentionne pas qu’ils étaient trois, ni qu’ils étaient rois.
La transformation de ces personnages est une belle illustration de la façon dont les récits évoluent au fil des siècles. C’est un penseur du IIIe siècle après J.-C., Origène, qui a proposé qu’ils étaient exactement trois. Son raisonnement était élégant : comme trois cadeaux étaient mentionnés dans le récit (de l’or, de l’encens et de la myrrhe), il était naturel de penser qu’il y avait trois visiteurs.
Puis, toujours au IIIe siècle, un écrivain nommé Tertullien proposa une interprétation audacieuse : il interpréta un verset de l’Ancien Testament (le Psaume 72) qui parle des « rois de Saba et d’Arabie » apportant des présents, et l’appliqua aux mages. Ainsi, les « sages d’Orient » devinrent les « Rois mages ».
Au Ve siècle, le Pape Léon Ier le Grand a consolidé ces changements dans ses « Sermons pour l’Épiphanie », fixant officiellement le nombre à trois rois pour toute la chrétienté. Il s’agissait d’un processus naturel de construction narrative qui se produisait dans toutes les cultures anciennes.
Et leurs noms ? Melchior, Gaspard et Balthazar apparaissent pour la première fois au VIe siècle, représentés dans une magnifique mosaïque de l’église Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne, en Italie. Dans les textes antérieurs, leurs noms variaient considérablement selon les cultures et les langues. C’est comme si l’histoire s’était enrichie au fil des siècles, gagnant en détails de plus en plus précis.
Les trois cadeaux : un symbolisme qui perdure
Les trois cadeaux apportés par ces astrologues-rois n’étaient pas anodins. Chacun d’entre eux revêtait une signification profonde qui perdure encore aujourd’hui :
– L’or : symbole de richesse, de pouvoir et de statut royal. C’était le cadeau que les hommes puissants offraient à d’autres hommes puissants.
– L’encens : substance aromatique utilisée dans les rituels et les cérémonies sacrées dans tout le Moyen-Orient. Il symbolise la révérence et la divinité.
– La myrrhe : une résine aromatique utilisée pour l’embaumement et comme médicament. Elle représente la mortalité et le sacrifice.
Chaque cadeau racontait une histoire complète. Ce qui est ingénieux, c’est que ces trois cadeaux reflètent une vérité universelle : la reconnaissance du pouvoir, le respect du sacré et l’acceptation de l’impermanence. Trois aspects de l’expérience humaine, offerts à un nouveau-né.
L’Adoration des mages, qui appartient à la collection du musée du Prado (Madrid, Espagne), est un tableau du peintre baroque flamand Peter Paul Rubens.
L’Épiphanie : quand la tradition chrétienne a rencontré le solstice d’hiver
Le 6 janvier, on célèbre ce que l’on appelle l’Épiphanie, mot qui vient du grec « epiphaneia » et qui signifie « manifestation » ou « révélation ». Cette fête commémore le moment où ces voyageurs venus de loin reconnaissent et rendent hommage à l’enfant Jésus.
Mais voici une anecdote fascinante sur l’histoire culturelle : le 6 janvier a des racines profondément païennes. Les civilisations anciennes, telles que les Grecs et les Égyptiens, célébraient des fêtes importantes à cette date, liées au solstice d’hiver et à la renaissance du soleil. Lorsque le christianisme s’est répandu dans le monde, l’Église a fait preuve de stratégie : au lieu de supprimer les célébrations païennes existantes, elle les a réadaptées.
Ainsi, la « Lumière du monde » (concept chrétien) a remplacé le soleil dans l’imaginaire collectif, mais la date reste la même. La fête du 6 janvier est un exemple parfait de l’imbrication des cultures : des éléments païens, chrétiens et folkloriques coexistent dans une même célébration. La galette que nous mangeons trouve ses racines dans les Saturnales romaines. Les chameaux que vous voyez dans les défilés sont des échos d’histoires bibliques. Le charbon que la Befana laisse en Italie provient d’anciennes croyances sur les esprits de l’hiver.
Espagne : où la tradition est un spectacle
S’il y a un pays où le 6 janvier est véritablement une fête nationale, c’est bien l’Espagne. Ici, cette date est un jour férié officiel, et la célébration est un événement qui mobilise des villes entières.
L’après-midi du 5 janvier : la cavalcade des Rois mages
Imaginez les rues de Madrid, Barcelone, Séville ou n’importe quel petit village espagnol remplies de milliers de personnes — enfants, parents, grands-parents — attendant avec impatience. Soudain, la musique retentit. Les lumières clignotent. Et ils apparaissent : les Rois mages dans de spectaculaires chars décorés, tirés par des chevaux ou, dans de nombreux cas, de véritables chameaux.
La Cabalgata de Reyes est le défilé le plus attendu de l’année en Espagne. La tradition moderne a débuté en 1866 à Alcoy (Communauté valencienne), mais elle est célébrée sans interruption depuis 1885. Aujourd’hui, pratiquement toutes les communes espagnoles ont leur propre version, certaines si créatives que les Rois arrivent en hélicoptère (Logroño), en bateau (Gijón) ou même à moto (dans certains villages plus modernes).
Pendant le défilé, les Rois et leur cour avancent lentement dans les rues, saluant et lançant des milliers de bonbons, chocolats et jouets à la foule. Dans les grandes villes comme Séville, plus de 100 000 kilos de bonbons sont distribués en un seul après-midi. C’est un acte de générosité collective qui est devenu une tradition.
Le matin du 6 janvier : le Roscón de Reyes
Aucune célébration des Rois mages n’est complète sans le Roscón de Reyes, un gâteau sucré en forme de couronne, décoré de fruits confits brillants. Son origine est un mélange parfait de traditions : il trouve ses racines dans les Saturnales romaines (célébrations païennes où l’on choisissait un « roi de la fête »), mais il a été christianisé et associé au 6 janvier.
Le roscón recèle deux secrets magiques dans sa pâte :
1. Une petite figurine : celui qui la trouve devient le « roi » ou la « reine » du jour et peut porter une couronne imaginaire tandis que ses proches le traitent comme un membre de la royauté.
2. Une fève sèche : voici la blague : celui qui la trouve a la « chance » (du côté moqueur) de payer le roscón l’année suivante.
Autour de la table familiale espagnole, tandis que le roscón est distribué, la tension est palpable. Chaque morceau pourrait être le gagnant. Les cris de joie lorsque quelqu’un trouve la figurine sont un moment de pure magie de Noël. C’est une tradition qui allie superstition, humour et communauté.
Au-delà de l’océan : les Rois en Amérique latine
Les Rois mages ne sont pas restés en Espagne. Ils ont voyagé à bord de navires espagnols vers l’Amérique pendant la conquête et la colonisation, où ils se sont adaptés à de nouveaux climats, cultures et réalités.
Mexique : la rosca évolue
Au Mexique, le 6 janvier est le jour traditionnel où les enfants reçoivent leurs principaux cadeaux, encore plus important que Noël le 25 décembre. La fête comprend la Rosca de Reyes, similaire au roscón espagnol mais avec une touche mexicaine.
Au lieu d’une seule figurine, la Rosca mexicaine contient plusieurs figurines de l’Enfant Jésus dispersées dans sa pâte. Celui qui trouve l’une de ces figurines a l’honneur et le devoir d’organiser la fête de la Candelaria ( Chandeleur ) le 2 février, perpétuant ainsi la chaîne des célébrations et partageant de l’atole chaud et du pain sucré avec ses amis et sa famille.
Les maisons sont également décorées de crèches ou de nativités, des scènes représentant la naissance de Jésus à Bethléem. Celles-ci évoluent tout au long de la période de Noël, et le 6 janvier, les figures des Rois mages sont ajoutées, complétant ainsi le récit visuel.
Porto Rico : les Rois voyagent à cheval
À Porto Rico, la tradition est encore plus ancienne. On pense que la première célébration religieuse en Amérique fut une messe célébrée le 6 janvier.
Ici, les enfants déposent des boîtes à chaussures remplies d’herbe fraîche (appelée « grama ») pour nourrir les chameaux… mais il y a une touche tropicale : les Rois voyagent à cheval, et non à dos de chameau, car vivre sur une île tropicale fait des chevaux le choix le plus logique et le plus accessible.
Les « Promesas de Reyes » (promesses aux Rois mages) sont une tradition unique à Porto Rico : il s’agit d’engagements pris par les croyants qui demandent des faveurs spéciales en échange d’une promesse de comportement ou d’action généreuse. C’est une façon de lier la tradition aux vœux personnels.
Depuis 1884, la municipalité de Juana Díaz célèbre la fête des Rois la plus ancienne et la plus fréquentée d’Amérique hispanique, attirant chaque année des dizaines de milliers de personnes. Cette célébration allie tradition religieuse, folklore, musique, gastronomie et esprit communautaire.
Le Venezuela et d’autres pays d’Amérique latine
Le Venezuela, la Colombie et d’autres pays d’Amérique latine ont des traditions similaires à celles de Porto Rico, avec des fêtes en famille, des repas spéciaux et la distribution de cadeaux le 6 janvier. L’adaptation de la tradition à chaque région démontre la flexibilité et la pertinence durable de cette célébration.
Europe : variations magiques
Italie : la Befana, la gentille sorcière
L’Italie a son propre personnage magique qui rivalise avec les Rois mages : La Befana, une vieille sorcière bienveillante qui est au cœur de la célébration italienne du 6 janvier.
Selon la légende, la Befana fut invitée par les Rois mages à se joindre à leur voyage vers Bethléem. Elle les aida en leur donnant des bonbons et des informations, mais déclina l’invitation de les accompagner. Plus tard, elle le regretta profondément. Elle prépara un panier rempli de bonbons et de cadeaux et partit à la recherche des Rois mages pour trouver l’enfant Jésus. N’y parvenant pas, elle décida de laisser des cadeaux dans chaque maison qu’elle rencontrait sur son chemin, dans l’espoir que l’un des enfants soit celui qu’elle cherchait.
Aujourd’hui, selon la tradition, la Befana vole sur son balai dans la nuit du 5 au 6 janvier, laissant des bonbons et des friandises aux enfants sages et du charbon (en bonbons noirs) aux enfants désobéissants. Ses origines sont anciennes : elles proviennent de rituels païens romains où l’on croyait que des figures féminines mystérieuses survolaient les champs pendant le solstice d’hiver pour favoriser les bonnes récoltes.
France : la Galette des Rois
En France, l’Épiphanie est célébrée avec la Galette des Rois, une pâtisserie feuilletée fourrée aux amandes et contenant une fève cachée à l’intérieur, similaire au concept du roscón espagnol. Elle est célébrée le 6 janvier ou le deuxième dimanche après Noël, et c’est une tradition sucrée qui perdure dans les boulangeries et les foyers français.
Le Portugal et d’autres pays européens
Le Portugal célèbre également le 6 janvier avec ses propres traditions, et dans des endroits comme Monção, des défilés et des fêtes communautaires sont organisés.
Pourquoi reste-t-il spécial ?
Au cours des 2 000 dernières années, l’histoire des Rois mages a voyagé plus loin que n’importe quelle caravane antique. Elle a traversé les océans, s’est adaptée à de nouvelles cultures, s’est enrichie de nouveaux noms, de nouveaux personnages et de nouvelles traditions culinaires. Elle a été réinterprétée, dramatisée et est devenue plus magique à chaque nouvelle version.
Pourquoi perdure-t-elle ? Peut-être parce qu’elle parle de voyages et de quête de l’extraordinaire. Peut-être parce qu’il s’agit avant tout d’une histoire sur la générosité, ces cadeaux qui n’étaient pas destinés à recevoir quelque chose en retour, mais simplement à honorer quelqu’un de spécial. Ou peut-être simplement parce que l’expérience d’un enfant découvrant un cadeau inattendu est une magie que le temps ne peut effacer. C’est une surprise pure, une joie pure.
Ce 6 janvier, où que vous soyez — dans une ville espagnole en train de regarder défiler des chameaux, dans une maison mexicaine en train de partager une Rosca, sur une île des Caraïbes en attendant les Rois mages à cheval, ou en Italie en attendant la Befana — rappelez-vous que vous faites partie d’une tradition qui unit des cultures entières depuis des millénaires. C’est une célébration de la diversité humaine, de la façon dont différents endroits s’approprient un même motif et le transforment en quelque chose d’unique et qui leur est propre.
Les Rois mages voyagent encore. Les chameaux arrivent encore. La Befana vole encore dans les airs. La magie persiste.
Que les Rois mages, la Befana ou celui qui veille sur toi le 6 janvier t’apporte ce que tu désires !
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