Défilé du Día de Muertos à Mexico en 2016, avec des participants maquillés en squelettes et vêtus de costumes traditionnels.

Día de Muertos : origines et histoire d’une tradition mexicaine


Chaque année, à la fin du mois d’octobre, le Mexique se couvre de fleurs de cempasúchil, de bougies, de crânes colorés et d’autels dédiés aux défunts. Le Día de Muertos est devenu l’une des célébrations les plus reconnaissables du pays, au point d’incarner, dans l’imaginaire international, une certaine idée de l’identité mexicaine. Pourtant, derrière ces images familières se cache une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. Certaines pratiques sont profondément enracinées dans les communautés mexicaines ; d’autres formes de représentation, aujourd’hui considérées comme traditionnelles, sont beaucoup plus récentes.

Le Día de Muertos serait-il donc moins ancien qu’on ne le pense ? La question ne consiste pas à nier ses racines historiques, mais à comprendre comment les traditions se construisent, se transforment et acquièrent de nouvelles significations au fil du temps. Pour suivre cette évolution, il faut passer par les croyances indigènes, les fêtes catholiques, les caricatures de José Guadalupe Posada, les fresques de Diego Rivera et, plus récemment, le cinéma hollywoodien.

Quand James Bond donne vie à un défilé

En 2015, le film Spectre, avec Daniel Craig dans le rôle de James Bond, s’ouvre sur une séquence spectaculaire dans les rues de Mexico. Des milliers de personnes déguisées en squelettes participent à un immense défilé du Día de Muertos. Les costumes, les chars et les personnages monumentaux composent une scène fascinante, immédiatement associée à la culture mexicaine. Mais un détail mérite d’être souligné : à l’époque, ce grand défilé annuel n’existait pas sous la forme présentée dans le film.

Séquence d’ouverture de Spectre (2015), publiée par la chaîne officielle James Bond 007.

Le succès de cette représentation cinématographique a contribué à inspirer un événement bien réel. En 2016, la ville de Mexico a organisé un grand défilé du Día de Muertos, reprenant certains éléments de l’esthétique popularisée par le film. Depuis, ce type de manifestation s’est imposé dans le paysage touristique et culturel de la capitale. L’exemple est révélateur : une image conçue pour le cinéma peut influencer la manière dont une société célèbre et présente publiquement ses propres traditions.

Il serait néanmoins trompeur d’en conclure que le Día de Muertos a été inventé par Hollywood. Les autels, les offrandes, les visites aux cimetières et les commémorations familiales existaient bien avant Spectre. Ce que le film a contribué à transformer, c’est surtout la dimension spectaculaire et publique de la fête dans la capitale. Pour comprendre ce phénomène, il faut distinguer les pratiques anciennes de leurs mises en scène contemporaines.

Día de Muertos : des origines plus complexes qu’il n’y paraît

Le récit le plus répandu présente le Día de Muertos comme une tradition préhispanique qui aurait traversé les siècles presque sans changement. Cette explication possède une part de vérité, mais elle simplifie considérablement l’histoire. Les sociétés indigènes du Mexique entretenaient des relations rituelles complexes avec leurs morts, tandis que la colonisation espagnole a introduit les célébrations catholiques de la Toussaint et de la commémoration des fidèles défunts, les 1er et 2 novembre. Les pratiques actuelles résultent de rencontres, d’adaptations et de transformations dont les modalités varient selon les régions et les communautés.

L’UNESCO décrit les fêtes indigènes dédiées aux morts comme un rapprochement entre des rites préhispaniques et des célébrations catholiques. Dans de nombreuses communautés, elles marquent le retour symbolique des proches disparus, accueillis grâce aux fleurs, aux bougies, aux aliments et aux objets déposés sur les autels. Ces pratiques possèdent une dimension familiale et communautaire essentielle, qui ne saurait être réduite aux défilés et aux costumes diffusés aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

Les historiens invitent toutefois à se méfier d’une continuité supposée parfaitement linéaire entre le Mexique précolonial et les célébrations contemporaines. Les formes actuelles de la fête se sont élaborées dans des contextes religieux, politiques et sociaux successifs. Parler d’une tradition vivante implique précisément de reconnaître cette capacité à intégrer de nouveaux éléments sans nécessairement perdre toute relation avec le passé.

La Catrina, une icône qui n’a pas toujours existé

Parmi les figures aujourd’hui indissociables du Día de Muertos, la Catrina occupe une place particulière. Son visage de squelette, son élégance vestimentaire et son grand chapeau sont devenus des motifs omniprésents dans les décorations, les maquillages et les représentations populaires de la fête. Pourtant, cette image ne remonte pas directement aux civilisations préhispaniques. Elle trouve son origine dans la caricature sociale mexicaine du tournant des XIXe et XXe siècles.

Le graveur José Guadalupe Posada a créé une figure connue sous le nom de Calavera Garbancera, un crâne féminin coiffé d’un élégant chapeau. L’image s’inscrivait dans une tradition de satire qui utilisait les squelettes pour tourner en dérision les comportements humains et les distinctions sociales. Derrière l’apparence mondaine se cachait un rappel mordant : la mort efface les privilèges et les hiérarchies. La silhouette était alors bien différente de la Catrina habillée que nous connaissons aujourd’hui.

Gravure historique de la Calavera Catrina de José Guadalupe Posada, représentant un squelette coiffé d’un grand chapeau.
José Guadalupe Posada, Calavera Garbancera, début du XXe siècle. Cette caricature satirique est à l’origine de la célèbre Catrina mexicaine.

De la caricature au symbole national

La transformation de cette figure se poursuit plusieurs décennies plus tard. En 1947, Diego Rivera lui donne une nouvelle dimension dans sa grande fresque Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central. La silhouette squelettique porte désormais une longue robe et occupe une place centrale parmi des personnages qui évoquent l’histoire mexicaine. Aux côtés de José Guadalupe Posada et du jeune Diego Rivera, elle devient l’un des éléments les plus reconnaissables de cette vaste composition. Grâce à cette réinterprétation artistique, la Catrina acquiert progressivement une dimension nouvelle.

Vue panoramique de la fresque Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central de Diego Rivera, avec la Catrina au centre.
Diego Rivera, Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central (1947). La Catrina apparaît au centre de la fresque, aux côtés de José Guadalupe Posada et du jeune Diego Rivera. Photographie : Fedaro / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Cette évolution montre qu’un symbole peut changer profondément de signification au cours du temps. Née d’une satire sociale, la Catrina s’est transformée en personnage populaire, puis en figure internationale du Día de Muertos. Son histoire rappelle que ce que nous considérons aujourd’hui comme une tradition ancestrale peut aussi résulter de créations artistiques relativement récentes, reprises et réinterprétées par plusieurs générations.

Une tradition devenue emblème de l’identité mexicaine

Au XXe siècle, et notamment dans le contexte de la construction culturelle du Mexique postrévolutionnaire, les références aux cultures indigènes, à l’art populaire et aux traditions régionales prennent une importance nouvelle. Les artistes, les institutions et les politiques culturelles contribuent à façonner une représentation nationale dans laquelle certaines pratiques locales deviennent des symboles partagés. Le Día de Muertos participe à ce mouvement, sans pour autant cesser d’être vécu de manière diverse dans les familles et les communautés.

La reconnaissance internationale renforce ensuite cette visibilité. En 2003, les fêtes indigènes dédiées aux morts sont proclamées par l’UNESCO chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité ; elles sont inscrites en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance concerne avant tout les pratiques culturelles des communautés qui les perpétuent, et non une version unique ou figée de la célébration.

À cette valorisation patrimoniale s’ajoute une diffusion mondiale portée par le tourisme, la photographie, les réseaux sociaux et les productions audiovisuelles. Des films comme Spectre ou Coco ont familiarisé des millions de spectateurs avec l’esthétique du Día de Muertos. Cette popularité peut encourager la découverte de la culture mexicaine, mais elle pose aussi une question : que reste-t-il des pratiques communautaires lorsque la fête est surtout présentée à travers ses images les plus spectaculaires ?

Une tradition est-elle moins authentique lorsqu’elle évolue ?

Il serait tentant d’opposer une célébration ancienne, supposée authentique, à une version moderne considérée comme artificielle. Pourtant, cette opposition ne rend pas justice à la complexité des pratiques culturelles. Une tradition n’est pas nécessairement un ensemble de gestes transmis à l’identique pendant des siècles. Elle peut conserver des significations profondes tout en changeant de formes, de lieux et de modes de transmission.

Le Día de Muertos illustre particulièrement bien cette tension entre continuité et transformation. Les autels familiaux, le souvenir des défunts, les offrandes et les rassemblements communautaires coexistent aujourd’hui avec des défilés, des installations artistiques et des événements touristiques. Les différentes expressions de la fête ne racontent pas toutes la même histoire, mais elles participent à une culture en mouvement, constamment réinterprétée par celles et ceux qui la font vivre.

Comprendre les origines du Día de Muertos ne revient donc pas à chercher une date de naissance unique. Il s’agit plutôt d’observer comment des croyances, des pratiques religieuses, des créations artistiques et des représentations contemporaines se sont rencontrées pour former un ensemble aujourd’hui reconnu dans le monde entier.

À Strasbourg, apprendre à regarder les cultures autrement

À ELE USAL Strasbourg, nous considérons que l’apprentissage de l’espagnol passe aussi par la découverte des cultures des pays hispanophones. Le 24 octobre 2026, notre école a ainsi organisé un atelier consacré au Día de Muertos dans le cadre de ses activités pour les enfants. Les participants ont découvert l’histoire de cette célébration, préparé un autel, disposé des offrandes et partagé le traditionnel pan de muerto.

Cette rencontre a permis d’aborder la tradition à travers des gestes concrets et une expérience collective. Elle a également offert l’occasion de parler du souvenir, des symboles et de la diversité culturelle, en montrant qu’une célébration ne se résume jamais à ses décorations. Nous remercions chaleureusement Julio et Daniel, qui ont conçu et organisé cet atelier, ainsi que Diana et Fátima, qui accompagnent les enfants chaque samedi.

Autel du Día de Muertos réalisé à ELE USAL Strasbourg, avec des fleurs colorées, des calaveras, des bougies, du papel picado et du pan de muerto.
L’autel du Día de Muertos réalisé lors de notre atelier culturel à ELE USAL Strasbourg, en octobre 2026. © ELE USAL Strasbourg.

Cette démarche reflète notre manière d’enseigner : apprendre une langue, c’est aussi découvrir les histoires, les sensibilités et les débats qui traversent les sociétés où elle est parlée. Les traditions deviennent alors des portes d’entrée vers une compréhension plus nuancée du monde hispanophone.

Envie de découvrir l’espagnol et les cultures hispaniques ?

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Pour aller plus loin

Pour approfondir cette histoire, plusieurs ressources permettent de replacer les célébrations dans leur contexte culturel et historique :


UNESCO — Les fêtes indigènes dédiées aux morts
, pour comprendre la dimension communautaire et patrimoniale de la célébration.


Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH)
, pour explorer les recherches et les ressources historiques mexicaines.


Les cours d’espagnol à ELE USAL Strasbourg
, pour poursuivre la découverte de la langue et des cultures hispaniques.


Les nouveaux cours d’espagnol de novembre 2026
, pour connaître les prochaines sessions et leurs modalités d’inscription.

Note éditoriale : les formes contemporaines du Día de Muertos sont diverses. Cet article s’intéresse à leur évolution historique et culturelle, sans prétendre résumer l’ensemble des pratiques des communautés mexicaines.

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