11 Oct Le 12 octobre en Amérique latine : noms et mémoires
Pourquoi le 12 octobre porte-t-il des noms si différents en Amérique latine ? Du Día de la Raza au Día de la Resistencia Indígena, les appellations de cette date révèlent plusieurs manières de raconter l’histoire, de construire une identité collective et de se souvenir du passé.
En Argentine, le 12 octobre est consacré au respect de la diversité culturelle. Au Venezuela, il évoque la résistance des peuples autochtones. En Bolivie, il porte le nom de Journée de la décolonisation.
Trois pays, trois dénominations et trois façons d’aborder un événement historique commun : l’arrivée de l’expédition de Christophe Colomb dans les Caraïbes en 1492.
Alors qu’en Espagne, le 12 octobre est la fête nationale, également connue sous le nom de Día de la Hispanidad, plusieurs pays latino-américains ont progressivement choisi de mettre en avant d’autres aspects de cette histoire.
L’essentiel en 30 secondes
- Le 12 octobre rappelle l’arrivée de Christophe Colomb dans les Caraïbes en 1492.
- Plusieurs pays ont abandonné l’ancienne appellation Día de la Raza.
- Les nouvelles dénominations mettent l’accent sur la diversité culturelle, la résistance indigène ou la décolonisation.
- Ces changements reflètent des débats historiques et des évolutions politiques.
- Les commémorations officielles ne représentent pas nécessairement toutes les opinions d’une société.
Dans cet article
L’événement de 1492 ·
Le Día de la Raza ·
Les cinq pays ·
Les différentes mémoires ·
Les langues autochtones ·
Apprendre l’espagnol ·
Questions fréquentes
Que s’est-il passé le 12 octobre 1492 ?
John Vanderlyn, représentation artistique réalisée au XIXe siècle. Cette peinture ne constitue pas un témoignage visuel contemporain de 1492.
L’arrivée de Christophe Colomb dans les Caraïbes
Le 12 octobre 1492, après plusieurs semaines de navigation à travers l’Atlantique, une expédition dirigée par Christophe Colomb atteint une île des Bahamas appelée Guanahaní par ses habitants. Le navigateur la rebaptise San Salvador.
Colomb, qui navigue au service des Rois catholiques, cherche une route maritime occidentale vers l’Asie. Il ignore alors qu’il vient d’atteindre des terres appartenant à un continent inconnu des Européens de son époque.
L’identification exacte de Guanahaní avec une île actuelle reste discutée par les historiens. Il faut également rappeler que Colomb n’arrive pas ce jour-là sur la partie continentale de l’Amérique, mais sur une île des Caraïbes.
Peut-on parler de « découverte de l’Amérique » ?
L’expression « découverte de l’Amérique » a longtemps dominé les récits historiques européens. Elle reflète toutefois principalement le point de vue des explorateurs venus d’Europe.
En 1492, les Amériques étaient déjà habitées depuis des millénaires. Elles abritaient une grande diversité de peuples, de langues, de cultures et d’organisations politiques.
Les sociétés taïnos des Caraïbes, les civilisations mésoaméricaines et les populations des Andes possédaient leurs propres histoires bien avant l’arrivée des Européens.
L’expansion européenne entraîne des échanges de plantes, d’animaux, de connaissances et de techniques, mais également des conquêtes militaires, des déplacements de populations, l’exploitation coloniale et de profondes transformations démographiques, notamment sous l’effet des maladies introduites depuis l’Ancien Monde.
Une formulation plus précise
Le 12 octobre 1492 marque l’arrivée de l’expédition de Christophe Colomb dans les Caraïbes.
Cette formulation décrit l’événement sans suggérer que l’histoire des Amériques commence avec l’arrivée des Européens.
Du Día de la Raza aux nouvelles dénominations
Pendant une grande partie du XXe siècle, plusieurs pays latino-américains ont commémoré le 12 octobre sous le nom de Día de la Raza, littéralement « Journée de la race ».
Cette appellation s’inscrivait dans un contexte où certains intellectuels et responsables politiques cherchaient à mettre en valeur les liens historiques, culturels et linguistiques entre l’Espagne et les pays hispano-américains.
Le mot espagnol raza ne renvoyait pas toujours, dans ce contexte, à une conception strictement biologique de la race. Il pouvait également désigner une communauté historique et culturelle imaginée autour de l’héritage hispanique.
Cependant, cette vision présentait plusieurs limites. En privilégiant l’héritage espagnol, elle pouvait minimiser la diversité des peuples autochtones, des communautés afrodescendantes et d’autres populations ayant contribué à la formation des sociétés américaines.
À partir de la fin du XXe siècle, plusieurs États ont progressivement modifié le nom officiel de cette commémoration.
Ces changements accompagnent notamment la reconnaissance des droits des peuples autochtones, les revendications sociales et une réflexion renouvelée sur les conséquences de la colonisation.
Pourquoi changer le nom d’une commémoration ?
Modifier le nom d’une date historique ne change pas les événements du passé. En revanche, cela peut transformer la manière dont une société choisit de les évoquer publiquement et les valeurs qu’elle souhaite mettre en avant.
Comment le 12 octobre est-il appelé en Amérique latine ?
Argentine : Día del Respeto a la Diversidad Cultural
En Argentine, le 12 octobre porte officiellement depuis 2010 le nom de Día del Respeto a la Diversidad Cultural, ou Journée du respect de la diversité culturelle.
Cette dénomination a remplacé celle de Día de la Raza par le décret 1584/2010.
Le changement traduit une volonté de mettre l’accent sur la pluralité des cultures et sur la reconnaissance des peuples autochtones.
Il invite à considérer l’histoire argentine au-delà du seul héritage européen, en tenant compte des populations présentes avant la colonisation et de celles qui ont contribué à la construction du pays.
Venezuela : Día de la Resistencia Indígena
Au Venezuela, le 12 octobre est devenu en 2002 le Día de la Resistencia Indígena, ou Journée de la résistance indigène.
Le changement est particulièrement significatif : là où les anciennes commémorations mettaient souvent l’accent sur l’arrivée des Européens, cette appellation place les peuples autochtones au centre du récit historique.
Le mot resistencia rappelle que la conquête et la colonisation n’ont pas été acceptées passivement par les populations américaines.
Celles-ci ont développé de nombreuses formes de résistance, militaires, politiques, culturelles et linguistiques, pour défendre leurs territoires, leurs institutions et leurs modes de vie.
Bolivie : Día de la Descolonización
En Bolivie, un décret adopté en 2011 a institué le Día de la Descolonización, ou Journée de la décolonisation.
Cette appellation s’inscrit dans les transformations politiques et institutionnelles du pays, qui s’est défini comme État plurinational dans sa Constitution de 2009.
La notion de descolonización dépasse ici la fin historique de la domination coloniale espagnole. Elle renvoie également à la volonté de remettre en question les hiérarchies sociales, culturelles et politiques héritées de cette période.
La Bolivie offre un exemple particulièrement intéressant pour comprendre les relations entre histoire, langues et identité nationale.
L’espagnol y coexiste avec de nombreuses langues autochtones, notamment le quechua, l’aymara et le guarani.
Colombie : Día de la Diversidad Étnica y Cultural de la Nación Colombiana
En Colombie, une résolution du ministère de la Culture adoptée en 2021 a retenu la dénomination Día de la Diversidad Étnica y Cultural de la Nación Colombiana.
Cette formulation souligne la diversité des populations qui composent la société colombienne.
Elle permet notamment de reconnaître la contribution des peuples autochtones, des communautés afrocolombiennes, des populations raizales et palenqueras, ainsi que d’autres groupes participant à l’histoire culturelle du pays.
Le changement de nom cherche à dépasser une conception homogène de l’identité nationale.
Chili : Encuentro de Dos Mundos
Au Chili, l’expression Encuentro de Dos Mundos, « Rencontre de deux mondes », est associée à la commémoration du 12 octobre.
Cette dénomination insiste sur le contact historique entre les sociétés européennes et américaines. Il convient cependant de distinguer cette appellation commémorative de la terminologie employée dans les textes juridiques relatifs au jour férié.
L’idée de « rencontre » fait elle-même débat.
Pour certains, elle permet d’évoquer les transformations culturelles et les échanges qui ont suivi 1492. Pour d’autres, elle risque d’atténuer les violences et les rapports de pouvoir qui ont accompagné la conquête.
L’exemple chilien montre qu’un nom apparemment consensuel peut lui aussi faire l’objet d’interprétations divergentes.
Une même date, plusieurs mémoires
| Pays | Appellation | Idée mise en avant |
|---|---|---|
| Argentine | Día del Respeto a la Diversidad Cultural | Le respect de la diversité |
| Venezuela | Día de la Resistencia Indígena | La résistance des peuples autochtones |
| Bolivie | Día de la Descolonización | La remise en question des héritages coloniaux |
| Colombie | Día de la Diversidad Étnica y Cultural | La pluralité des identités nationales |
| Chili | Encuentro de Dos Mundos | Le contact entre sociétés européennes et américaines |
Quelle différence entre histoire et mémoire ?
Ces appellations illustrent un phénomène essentiel : l’histoire et la mémoire ne sont pas exactement la même chose.
L’histoire cherche à étudier et à interpréter le passé à partir de sources, de méthodes critiques et de recherches documentaires.
La mémoire correspond aux manières dont des individus et des groupes se représentent ce passé, le transmettent et lui donnent un sens dans le présent.
Les deux entretiennent des relations étroites, mais elles ne se confondent pas.
Lorsqu’un gouvernement modifie le nom d’une commémoration, il ne change pas les événements du passé. Il modifie la manière dont ceux-ci sont publiquement évoqués.
Trois questions pour comprendre une commémoration
- Qui raconte l’événement historique ?
- Quelles expériences et quelles populations sont mises en avant ?
- Que souhaite-t-on commémorer aujourd’hui ?
Il faut également distinguer les commémorations officielles des mémoires individuelles et collectives. Tous les habitants d’un pays ne partagent pas nécessairement la même interprétation de son histoire.
Les langues autochtones, témoins d’une histoire plurielle
Les débats autour du 12 octobre permettent de rappeler une réalité parfois méconnue des apprenants européens : l’Amérique latine n’est pas exclusivement hispanophone ou lusophone.
De nombreuses langues autochtones y sont toujours parlées.
Le quechua, l’aymara, le guarani, le nahuatl ou différentes langues mayas témoignent de traditions linguistiques qui existaient bien avant 1492 et qui continuent d’évoluer aujourd’hui.
Ces langues ne sont pas seulement des vestiges du passé. Elles sont utilisées dans la vie quotidienne, l’éducation, la création artistique et les revendications culturelles contemporaines.
Des mots espagnols d’origine autochtone
L’espagnol d’Amérique latine porte lui-même les traces de cette diversité.
| Mot espagnol | Origine linguistique | Sens en français |
|---|---|---|
| chocolate | Nahuatl, étymologie précise discutée | Chocolat |
| tomate | Nahuatl | Tomate |
| aguacate | Nahuatl | Avocat |
| cancha | Quechua | Terrain de sport, cour |
| puma | Quechua | Puma |
Ces exemples montrent comment les contacts entre langues ont enrichi le vocabulaire espagnol.
Comprendre cette diversité permet d’éviter une représentation uniforme du monde hispanophone.
Apprendre l’espagnol, c’est aussi comprendre les différentes mémoires
Pour les personnes qui apprennent l’espagnol, les différentes appellations du 12 octobre constituent un excellent point de départ pour découvrir la richesse culturelle et historique du monde hispanophone.
Le vocabulaire essentiel
| Espagnol | Français |
|---|---|
| el descubrimiento | la découverte |
| la conquista | la conquête |
| la colonización | la colonisation |
| los pueblos indígenas | les peuples autochtones |
| la resistencia | la résistance |
| la diversidad cultural | la diversité culturelle |
| la memoria histórica | la mémoire historique |
| la descolonización | la décolonisation |
Exprimer son opinion en espagnol
Espagnol → français
Mientras que en Argentina se destaca la diversidad cultural, en Venezuela se recuerda la resistencia indígena.
Alors qu’en Argentine on met en avant la diversité culturelle, au Venezuela on rappelle la résistance indigène.
Espagnol → français
Aunque se trate de la misma fecha, su significado puede cambiar según el país.
Bien qu’il s’agisse de la même date, sa signification peut changer selon le pays.
Espagnol → français
Desde mi punto de vista, es importante reconocer las diferentes memorias históricas.
De mon point de vue, il est important de reconnaître les différentes mémoires historiques.
À vous de jouer · Niveau B1–B2
Répondez en espagnol aux questions suivantes :
- ¿Qué diferencias encuentras entre «Día de la Raza» y «Día de la Resistencia Indígena»?
- ¿Por qué crees que algunos países han cambiado el nombre de esta conmemoración?
- ¿Puede una misma fecha tener significados diferentes según el país?
- ¿Qué papel debe desempeñar la memoria histórica en la sociedad actual?
Ces questions peuvent servir de point de départ à un débat oral, à une activité écrite ou à une préparation aux examens de langue espagnole.
Questions fréquentes
Pourquoi le 12 octobre est-il une date importante ?
Il rappelle l’arrivée de l’expédition de Christophe Colomb dans les Caraïbes le 12 octobre 1492, un événement aux conséquences majeures pour l’histoire des Amériques et du monde.
Le 12 octobre porte-t-il le même nom dans toute l’Amérique latine ?
Non. Les dénominations varient selon les pays et les perspectives historiques mises en avant.
Que signifie Día de la Raza ?
Il s’agit d’une appellation historique associée à une conception de la communauté culturelle hispanique. Plusieurs pays l’ont remplacée par des dénominations qui insistent davantage sur la diversité ou les mémoires autochtones.
Pourquoi parle-t-on de résistance indigène ?
Cette expression rappelle les différentes formes de résistance des peuples autochtones face à la conquête et à la colonisation.
Quelle différence existe-t-il entre histoire et mémoire ?
L’histoire étudie le passé à partir de sources et de méthodes critiques. La mémoire correspond aux manières dont les personnes et les groupes se souviennent de ce passé et lui donnent un sens.
Le 12 octobre est-il commémoré de la même manière par tous ?
Non. Les commémorations officielles ne représentent pas nécessairement toutes les opinions et les mémoires d’une société.
Le 12 octobre : une date pour interroger le passé
Plus de cinq siècles après l’arrivée de Christophe Colomb dans les Caraïbes, le 12 octobre continue de susciter des réflexions sur l’histoire et les identités des sociétés américaines.
Les changements de dénomination observés dans plusieurs pays montrent que les sociétés réexaminent régulièrement leur histoire, en fonction de nouvelles recherches, de transformations politiques et de revendications sociales.
Entre diversité culturelle, résistance indigène, décolonisation et rencontre entre les mondes, les appellations du 12 octobre nous rappellent qu’une même date peut être investie de significations profondément différentes.
À ELE USAL Strasbourg, nous considérons que l’apprentissage de l’espagnol ne se limite pas à la grammaire et au vocabulaire. Découvrir les cultures, les histoires et les réalités contemporaines des pays hispanophones fait également partie de l’apprentissage d’une langue vivante.
Pour aller plus loin
Découvrez également notre article consacré au jour de l’hispanité et à la fête nationale espagnole.
Vous souhaitez approfondir votre connaissance de la langue et des cultures hispanophones ? Découvrez nos cours d’espagnol à Strasbourg.
Sources et repères documentaires
Les textes suivants permettent de consulter les décisions institutionnelles relatives aux dénominations du 12 octobre :
- Argentine — Décret 1584/2010.
- Bolivie — Décret suprême 1005/2011.
- Colombie — Résolution 138/2021 du ministère de la Culture.
- UNESCO — Décennie internationale des langues autochtones.
Ces références documentent des choix institutionnels et la diversité linguistique. Elles ne signifient pas que toutes les populations concernées partagent une interprétation unique de l’histoire.
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